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Sélection en deux étapes des immigrants et revenus après l’admission

Feng Hou
par Feng Hou 19 mars 2026

L’évolution du paysage migratoire canadien

La politique d’immigration est au cœur de l’avenir de la fédération. Cette série examine les défis récents et les possibilités, et transforme des enjeux complexes en analyses claires et utiles.

 

Les immigrants économiques sélectionnés selon le processus en deux étapes — d’abord comme travailleurs étrangers temporaires avant d’obtenir le statut de résidents permanents — gagnent généralement plus que ceux sélectionnés directement à l’étranger. Mais les résultats varient considérablement  : les immigrants en deux étapes qui avaient des revenus élevés au Canada avant leur admission bénéficient d’avantages substantiels et durables en matière de revenus, tandis que ceux qui avaient des revenus moins élevés s’en sortent souvent moins bien que les immigrants en une seule étape. Les résultats suggèrent que les revenus au Canada avant l’admission peuvent être un facteur prédictif important de la réussite économique après l’admission.

La sélection en deux étapes des immigrants économiques repose sur le principe d’une amélioration des résultats sur le marché du travail que procure ce processus en plusieurs étapes. Les travailleurs étrangers temporaires sont tout d’abord choisis par les employeurs, ce qui permet de mieux aligner les compétences des immigrants et les besoins du marché du travail, car les employeurs peuvent évaluer directement leurs compétences et leurs qualités intangibles. Ensuite, ces travailleurs font eux-mêmes leur choix après avoir fait l’expérience de la vie au Canada. Ceux qui sont satisfaits de leur travail et de leur vie sont plus susceptibles de demander la résidence permanente.

Les immigrants dont le parcours a débuté comme travailleurs étrangers temporaires sont moins susceptibles d’être confrontés à des difficultés liées à la transférabilité de leurs compétences, un problème qui touche souvent les immigrants sélectionnés en une seule étape, c’est-à-dire ceux qui n’ont aucune expérience préalable au Canada (Hou et Bonikowska, 2018).

Cependant, le succès de la sélection en deux étapes dépend en partie de la capacité des employeurs impliqués dans le processus à identifier et à prendre en compte la demande de main-d’œuvre à long terme. Le simple fait de pourvoir des postes routiniers à court terme et à faible salaire peut ne pas conduire à une réussite économique à long terme pour les immigrants.

Certains employeurs peuvent utiliser les travailleurs étrangers temporaires comme source de main-d’œuvre à faible coût (Crossman et al., 2020). Les travailleurs étrangers temporaires moins qualifiés sont également généralement plus motivés à obtenir la résidence permanente au Canada (Picot et al., 2022a). Des recherches antérieures indiquent que les travailleurs étrangers temporaires occupant des emplois peu qualifiés ou peu rémunérés ont tendance à avoir des revenus plus faibles et une croissance des revenus plus lente que les immigrants en une seule étape (Hou et Bonikowska, 2018).

Des données récentes confirment deux conclusions clés d’études antérieures :

  1. En moyenne, les immigrants ayant passé par deux étapes gagnaient plus que les immigrants ayant passé à travers une seule étape.
  2. Il existe une hétérogénéité considérable parmi les immigrants en deux étapes, car ceux qui occupaient des emplois peu rémunérés en tant que travailleurs étrangers temporaires gagnaient moins que les immigrants en une seule étape après avoir obtenu leur résidence permanente.

Comme le montre la figure 1, les immigrants en deux étapes dans le cadre du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) et du Programme des candidats des provinces ont toujours eu des revenus annuels plus élevés que ceux ayant passé par une seule étape dans le même programme lorsque la comparaison commence à partir de l’année d’arrivée au Canada. Les immigrants en deux étapes avaient un avantage salarial encore plus important lorsque la comparaison commence à partir de l’année où ils obtiennent la résidence permanente (Hou et Picot, 2024).

Par exemple, parmi les immigrants arrivés entre 2000 et 2009, ceux qui ont obtenu la résidence permanente en deux étapes dans le cadre du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) gagnaient environ 22 000 $ (en dollars constants de 2023) de plus par année que ceux ayant obtenu la résidence en une seule étape au cours des 15 premières années suivant leur arrivée. Au cours de ces mêmes périodes, les immigrants en deux étapes du Programme des candidats des provinces gagnaient environ 15 000 $ de plus par an que les immigrants en une seule étape. Ces écarts de revenus persistent pour l’essentiel lorsque l’on tient compte des différences sociodémographiques entre les groupes. Les immigrants arrivés entre 2010 et 2019 montrent des tendances similaires.

Cependant, certains immigrants en deux étapes obtiennent de meilleurs résultats sur le marché du travail que d’autres. Un facteur clé de réussite est leur niveau de revenu en tant que travailleurs étrangers temporaires (Picot et al., 2022b). Les revenus canadiens avant l’admission reflètent probablement la « valeur marchande réalisée » des compétences et des qualifications des travailleurs étrangers temporaires (Hou et Picot, 2016).

Parmi les immigrants en deux étapes, seule une minorité avait des revenus annuels supérieurs à la médiane nationale des revenus d’emploi en tant que travailleurs étrangers temporaires (figure 2)1. Par exemple, en 2010, 12 % des demandeurs principaux pour des raisons économiques avaient des revenus avant l’admission supérieurs à la médiane nationale, tandis que 22 % avaient des revenus égaux ou inférieurs à la médiane. En 2024, ces proportions étaient passées respectivement à 29 % et 34 %. Ces augmentations suggèrent que l’extension du processus de sélection en deux étapes a été associée à une proportion croissante de travailleurs étrangers temporaires à revenus élevés admis, probablement en partie due à l’expansion rapide de la population globale de travailleurs étrangers temporaires, qui a élargi le bassin de candidats admissibles.

Les immigrants ayant passé par deux étapes et dont les revenus canadiens avant l’admission étaient supérieurs à la médiane nationale gagnaient beaucoup plus que les immigrants admis en une seule étape une fois la résidence permanente obtenue. Pour la cohorte admise entre 2000 et 2009, l’écart de revenus entre les deux groupes était de 70 000 $ un an après l’admission et restait de 52 000 $ 15 ans plus tard (tableau 1, panneau de gauche). Une partie de cette différence reflète une longueur d’avance : ces immigrants en deux étapes avaient déjà accumulé plus d’années d’expérience professionnelle au Canada. Cependant, même lorsque la comparaison commence l’année de leur arrivée (celle où ils ont obtenu leur permis de travail temporaire), l’écart de revenus reste important (tableau 1, panneau de droite).

La cohorte admise entre 2010 et 2019 montre des tendances similaires, bien que l’avantage salarial des immigrants en deux étapes ayant des revenus élevés avant leur admission ait été moindre par rapport à la cohorte précédente. Cela s’explique principalement par le fait que cette dernière cohorte comptait proportionnellement moins de personnes à revenus élevés (gagnant au moins deux fois le revenu médian national en tant que travailleurs étrangers temporaires). Parmi les immigrants en deux étapes ayant des revenus élevés avant leur admission, 47 % de la cohorte 2000-2009 avaient des revenus annuels au moins deux fois supérieurs au revenu médian national, contre 31 % dans la cohorte 2010-2019.

Contrairement aux immigrants en deux étapes ayant des revenus élevés avant leur admission, ceux dont les revenus avant leur admission étaient égaux ou inférieurs à la médiane nationale avaient des revenus similaires à ceux des immigrants en une seule étape au cours de la première année suivant l’obtention de la résidence permanente. Cependant, ils ont été dépassés par ce dernier groupe en moins de trois ans (tableau 1). Lorsque la comparaison commence à partir de l’année d’arrivée, les immigrants en deux étapes dont les revenus avant l’admission étaient inférieurs gagnaient moins que les immigrants en une seule étape, tant au départ qu’à long terme.

En résumé, les immigrants économiques sélectionnés dans le cadre du processus en deux étapes gagnent généralement plus que ceux sélectionnés directement à l’étranger, bien que cette différence varie considérablement selon le groupe : les immigrants en deux étapes ayant des revenus élevés au Canada avant leur admission bénéficient d’avantages substantiels et persistants en matière de revenus, tandis que ceux dont les revenus avant l’admission sont plus faibles s’en sortent souvent moins bien que les immigrants en une seule étape. Ces données suggèrent que les revenus au Canada avant l’admission peuvent fortement prédire la réussite économique après l’admission, reflétant en grande partie la valeur marchande réalisée des compétences des immigrants en deux étapes et la qualité de leur expérience professionnelle au Canada.


Note

1 Les revenus médians nationaux sont calculés à partir de la Banque de données administratives longitudinales pour chaque année fiscale parmi les travailleurs âgés de 20 à 64 ans et percevant des revenus positifs. Par exemple, les revenus médians nationaux (en dollars constants de 2023) étaient de 49 500 $ en 2010 et de 57 000 $ en 2023.


Bibliographie

Crossman, E., Hou, F. et Picot, G. (2020). Sélection des immigrants en deux étapes : examen des avantages et des défis potentiels. Aperçus économiques. Statistique Canada. (catalogue no. 11-626-X- 2020009, no 111). https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-626-x/11-626-x2020009-fra.htm

Hou, F. et Bonikowska, A. (2018). Selections before the selection: Earnings advantages of immigrants who were former skilled temporary foreign workers in Canada. International Migration Review, 52(3), 695-723. https://doi.org/10.1111/imre.12310

Hou, F. et Picot, G. (2016). Changing immigrant characteristics and pre-landing Canadian earnings: Their effect on entry earnings over the 1990s and 2000s. Canadian Public Policy, 42(3), 308-323. https://doi.org/10.3138/cpp.2015-062

Hou, F. et Picot, G. (2024). Revenus des immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d’un processus de sélection en une étape et en deux étapes : comparaisons par rapport à l’année d’arrivée. Rapports économiques et sociaux. Statistique Canada.
https://doi.org/10.25318/36280001202400100006-fra

Picot, G., Hou, F., Crossman, C. et Lu, Y. (2022a). La transition vers la résidence permanente chez les travailleurs étrangers temporaires peu et hautement qualifiés. Rapports économiques et sociaux. Statistique Canada.
https://doi.org/10.25318/36280001202200100002-fra

Picot, G., Hou, F., Xu, L. et Bonikowska, A. (2022b). Quels facteurs de sélection permettent le mieux de prédire les gains des demandeurs principaux d’une catégorie de l’immigration économique ? Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/organisation/rapports-statistiques/recherche/facteurs-selection-predire-gains-demandeurs-principaux-immigration-economique.html

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