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Qui a changé d’avis ?
Deux changements dans l’opinion publique canadienne sur l’immigration : 1995-2005 et 2023-2024

Randy Besco
Natasha Goel
par Randy Besco, Natasha Goel 4 décembre 2025

L’évolution du paysage migratoire canadien

La politique d’immigration est au cœur de l’avenir de la fédération. Cette série examine les défis récents et les possibilités, et transforme des enjeux complexes en analyses claires et utiles.

 

L’opinion publique canadienne sur l’immigration a connu deux transformations marquantes au cours des 30 dernières années. Elle est devenue plus positive entre 1995 et 2005, puis plus négative entre 2023 et 2024. Cette récente montée des opinions anti-immigration correspond-elle simplement à un retour en arrière ou s’agit-il d’une dynamique différente ? Cette note de données met à profit plus de 40 ans de sondages (Environics Focus Canada de 1981 à 2024) pour comparer les changements d’opinion de différents groupes démographiques.

Dans l’ensemble, l’évolution observée dans les années 1990 et 2000 était remarquablement généralisée, la plupart des groupes suivant la tendance générale en faveur de l’immigration et les écarts antérieurs liés au niveau d’éducation et au statut d’immigrant se réduisant. En revanche, le virage de 2023 et 2024 présente un profil tout autre.

Il s’agit principalement d’un phénomène propre aux anglophones : les répondants francophones et québécois ont montré beaucoup moins de variation.

L’écart entre les sexes s’est inversé : alors que les hommes étaient auparavant plus favorables à l’immigration, les femmes le sont désormais davantage.

Le rôle de l’âge s’est renversé : autrefois, les personnes âgées étaient plus susceptibles d’estimer qu’il y avait trop d’immigration, alors qu’aujourd’hui, ce sont les jeunes qui expriment le plus cette opinion.

Les changements récents constituent clairement un phénomène nouveau, plutôt qu’un simple retour en arrière par rapport aux changements précédents.

Mise en contexte

Le budget fédéral de 2025, présenté le 4 novembre dernier, poursuit les profonds changements annoncés à la politique d’immigration canadienne un an plus tôt. Ces changements comprenaient notamment une réduction de 21% de la cible d’admissions de résidents permanents pour 2025, suivie d’autres baisses prévues jusqu’en 2027. Le budget 2025 a également annoncé une abrupte réduction des admissions de résidents temporaires, incluant des règles plus strictes pour les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers (Gouvernement du Canada, 2025).

En trame de fond, on trouvait le récit dominant voulant que la croissance rapide de la population (alimentée en partie par l’afflux de travailleurs étrangers temporaires et d’étudiants internationaux) aurait exacerbé la crise d’abordabilité déjà présente, en accentuant le déséquilibre entre l’offre et la demande de logements. Ce discours ambiant était le résultat d’un taux d’immigration record en 2022 (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 2023), associé à une couverture médiatique soutenue sur l’immigration et les coûts du logement (par exemple, Thanthong-Knight et al., 2024; Veall, 2023; Zimonjic, 2024). Les critiques de l’opposition (MacDonald, 2023) et les rapports de la Banque du Canada ont tous souligné que la croissance démographique était un facteur de hausse des loyers (Champagne et al., 2023). Depuis lors, le débat public est marqué par des inquiétudes quant au niveau trop élevé de l’immigration.

Cette phase de retournement de l’opinion peut sembler surprenante, compte tenu de la réputation du Canada comme pays tolérant, multiculturel et favorable à l’immigration. Si cette réputation est généralement fondée au niveau des politiques publiques, elle n’était pas toujours un reflet de l’opinion publique. Les sondages montrent qu’entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990, la majorité des Canadiens souhaitaient réduire l’immigration. L’opinion sur le sujet s’est ensuite améliorée au milieu des années 1990, a continué à progresser jusqu’au milieu des années 2000, puis s’est stabilisée pendant plus d’une décennie (Besco, 2021). Mais voilà qu’en 2023 et 2024, l’opposition à l’immigration augmentait rapidement (Environics Institute for Survey Resarch, 2024), les sondages montrant le revirement le plus marqué de l’opinion publique depuis au moins la fin des années 1970.

De tels revirements sont rares. Les attitudes du public ne changent généralement à court terme que sous l’effet d’événements majeurs ou d’une couverture médiatique intense, et ces fluctuations s’atténuent habituellement rapidement (Breton et Eady, 2022). À long terme, ce sont plutôt les remplacements générationnels qui entraînent des évolutions lentes et graduelles (Kiley et Vaisey 2020; Page et Shapiro 1982; Sears et Funk 1999). Cette stabilité de l’opinion s’étendait également à l’immigration (Kustov et al., 2021). Il est donc important de comprendre ce récent revirement inhabituel de l’opinion publique.

Des recherches antérieures ont montré que les questions économiques, telles que la croissance du PIB, les craintes de récession, ainsi que le chômage jouent au moins un rôle limité (Palmer 1996; Wilkes et Corrigall-Brown 2011; Wilkes et al., 2008). Il en va de même pour l’évolution du nombre d’immigrants admis, plutôt que pour le nombre absolu d’immigrants (Banting et Soroka, 2020). Il existe également un clivage clair et croissant fondé sur l’appartenance partisane et le soutien aux partis (Besco, 2021). De plus, bien que la politique de diversité soit l’objet de discussions animées au Québec, des recherches précédentes (Bilodeau et al., 2012) ont montré qu’il n’y avait pas ou très peu de divergences régionales dans les opinions sur l’immigration.

Alors, pourquoi ce changement d’opinion inhabituel s’est-il produit en 2023 et 2024? La tendance pourrait-elle s’inverser à l’avenir?

Évolution de l’opinion publique

Pour examiner ces questions, nous avons utilisé une série de sondages réalisés par l’Institut Environics1. Notre analyse couvre la période de 1981 à 2024 et repose sur un total de 26 sondages2. Les répondants se sont vu présenter l’énoncé suivant: «Dans l’ensemble, il y a trop d’immigration au Canada.» Cinq options de réponse étaient proposées, allant de «fortement en désaccord» à «fortement d’accord». Les réponses ont été transformées ici sur une échelle numérique allant de 0 (fortement en désaccord) à 1 (fortement d’accord).

La figure 1 illustre l’évolution de la moyenne sur la mesure de l’opposition à l’immigration (avec des intervalles de confiance de 95%). À l’instar des rapports d’Environics et d’autres publications (Besco, 2021; Environics Institute for Survey Research, 2024; Banting et Soroka, 2020), elle montre clairement une période de changement entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, suivie de 15 années de stabilité avant que les enquêtes récentes ne révèlent une forte augmentation du sentiment anti-immigration.

Les données montrent qu’en 2024, 33% des répondants étaient tout à fait d’accord pour dire qu’il y avait trop d’immigration, contre seulement 16% en 2015. Le point de départ précis du changement de 2024 n’est pas clair, car l’année 2023 affichait déjà une augmentation substantielle — mais à partir d’un niveau inhabituellement bas en 2022 — et s’alignait davantage sur le niveau observé en 2020. Néanmoins, en 2024, les inquiétudes concernant l’immigration excessive étaient revenues aux niveaux observés pour la dernière fois dans les années 1980. En substance, tout le changement observé entre 1995 et 2005 a été effacé.

Que s’est-il passé ?

Alors, qui a changé d’avis ? Le changement de 2024 est-il simplement un renversement de la tendance précédente ou s’agit-il d’une évolution différente, imputable à d’autres groupes? Même si nous ne pouvons pas identifier précisément les changements d’opinion individuels (puisque les mêmes personnes n’ont pas été interrogées d’une année à l’autre), il est possible d’examiner les variations d’attitude chez différents groupes démographiques.

Pour ce faire, nous avons utilisé des données sur l’âge, la province, la langue, le sexe, le niveau d’éducation, la situation professionnelle, le revenu et le lieu de naissance (statut d’immigrant). La formulation de certaines questions a changé au fil des ans, en particulier dans les catégories de réponses. Par exemple, il y a eu de nombreux changements dans celles concernant le revenu.

De plus, l’inflation rend problématique l’utilisation des mêmes catégories. Nous avons donc simplement codé les catégories de manière à ce que la catégorie la plus élevée soit 1 et la plus basse 0. L’âge est codé comme une variable à quatre catégories (18 à 29 ans, 30 à 44 ans, 45 à 59 ans, 60 ans et plus). Le statut d’emploi est codé de manière binaire (avoir un emploi/ne pas avoir d’emploi). La langue parlée est l’anglais ou le français (les autres langues ne sont pas disponibles dans les enquêtes récentes). Les catégories de statut d’immigrant sont «né au Canada» ou «né à l’étranger». Notre objectif étant principalement descriptif, nous présentons principalement la réponse moyenne à l’énoncé «Il y a trop d’immigration» pour les différentes catégories.

Examinons tout d’abord l’âge. La figure 2 montre l’opposition moyenne à l’immigration pour quatre groupes d’âge différents de 1980 à 2025. Sur l’ensemble de la période, les répondants plus âgés avaient tendance à estimer qu’il y avait trop d’immigration. Ces écarts restaient toutefois modestes et tous les groupes présentent des variations.

Le déclin de l’opposition observé du milieu des années 1990 au milieu des années 2000 est visible dans chaque groupe, suivi d’une remontée en 2024. Le plus frappant est que le gradient d’âge s’est inversé: les répondants entre 18 et 29 ans sont désormais les plus opposés à l’immigration, 32% d’entre eux étant tout à fait d’avis qu’il y avait trop d’immigration3.

Passons maintenant à la province de résidence et à la langue parlée. La figure 3 présente les opinions par province, les provinces de l’Atlantique étant regroupées en raison de la taille de l’échantillon. La dynamique est similaire dans tout le pays à travers les années, les opinions dans les différentes provinces ayant tendance à augmenter et à diminuer en même temps. L’Ontario et l’Alberta ont souvent affiché le sentiment anti-immigration le plus élevé, mais cela n’a pas toujours été le cas et l’écart n’était pas toujours très important. D’aucuns supposent que les Québécois sont généralement plus opposés à l’immigration en raison des débats politiques autour des accommodements raisonnables et de la préservation de la langue française. Ce n’est clairement pas le cas dans ces données, et rien n’indique que cela ait jamais été le cas. L’opinion du Québec sur l’immigration était assez similaire à celle des autres provinces récemment, et ce, depuis des décennies (voir également Bilodeau et al., 2012). À vrai dire, il est frappant de constater qu’après les changements de 2023 et 2024, les répondants québécois étaient les moins opposés à l’immigration. L’opinion y a également changé, mais dans une mesure nettement moindre qu’ailleurs. En 2024, seuls 22% des répondants québécois étaient tout à fait d’accord pour dire qu’il y avait trop d’immigration, ce qui est beaucoup moins que la province suivante, la Colombie-Britannique, avec 32%, et bien moins que la province où ce pourcentage est le plus élevé, l’Alberta, avec 42%4.

La figure 4 montre que ce même type d’écart s’observe sur une base linguistique5. Au fil du temps, on observe peu de différences systématiques entre anglophones et francophones. Si les francophones étaient légèrement plus critiques dans les années 1990 et 2000, cet écart n’a pas perduré. En revanche, les répondants anglophones étaient nettement plus opposés à l’immigration en 2024. Les francophones l’étaient aussi davantage qu’auparavant, mais la hausse y est plus modérée. L’augmentation de l’opposition est donc beaucoup plus marquée chez les anglophones, au point de rejoindre les niveaux des années 1980. L’écart entre les deux groupes linguistiques a atteint en 2024 son niveau le plus élevé jamais enregistré.

La figure 5 montre également un changement important en 2024 selon le sexe. Auparavant, les femmes étaient légèrement plus nombreuses que les hommes à penser que l’immigration était trop importante. Cependant, l’écart entre les sexes s’est inversé et s’est considérablement creusé en 2023, doublant pratiquement entre 2022 et 2024 pour atteindre son niveau le plus élevé jamais enregistré. En 2024, l’écart entre les sexes pour ceux qui sont «tout à fait d’accord» avec l’affirmation selon laquelle l’immigration est trop importante était de 8 points de pourcentage (37% pour les hommes, 29% pour les femmes), alors qu’il n’était que de deux points de pourcentage (14% pour les hommes, 12% pour les femmes) deux ans plus tôt. Pendant la majeure partie de la période précédant 2015, l’écart était de 3 à 4 points de pourcentage, mais dans l’autre sens, les femmes étant plus opposées.

Une certaine prudence s’impose toutefois: l’écart semblait déjà se resserrer à partir de 2017. Il est donc possible que la tendance actuelle, qui voit les hommes plus critiques que les femmes, s’inscrive dans un processus plus long qui n’est pas seulement lié aux événements de 2023 et 2024.

Enfin, la figure 6 présente les changements d’opinion en fonction de plusieurs autres données démographiques, notamment le niveau d’éducation, l’emploi, le revenu et le statut d’immigrant.

L’écart en matière d’éducation s’est réduit, mais cette tendance a commencé au début des années 2000 et pourrait être le résultat d’une augmentation du nombre de diplômés universitaires. Étant donné que la proportion de Canadiens titulaires d’un diplôme universitaire est plus importante qu’auparavant, ceux-ci pourraient être moins différents du reste de la population que par le passé, lorsque les diplômés universitaires étaient moins nombreux. Bien qu’il existe souvent des différences d’opinions sur l’immigration en fonction du niveau d’éducation, il est difficile de déterminer ce qui en est la cause, par exemple l’expérience de l’éducation elle-même ou l’effet de sélection des personnes qui peuvent aller à l’université ou qui choisissent d’y aller. Quoi qu’il en soit, le rétrécissement de l’écart entre les niveaux d’éducation est modeste et pourrait être le résultat d’un processus à long terme plutôt que lié à des événements récents.

La différence entre les personnes ayant un emploi et celles qui n’en ont pas a toujours été assez faible, avec des inversions occasionnelles, bien que les personnes ayant un emploi aient généralement été légèrement moins favorables à l’immigration. En 2023 et 2024, il n’y a pratiquement aucun changement par rapport aux périodes précédentes.

En ce qui concerne les revenus, les personnes à faibles revenus ont tendance à être moins favorables à l’immigration. L’écart d’opinion avec les personnes à revenu élevé s’est toutefois réduit en 2023 et 2024, ceux-ci ayant davantage changé d’avis et ayant rapproché leurs opinions de celles des personnes à faibles revenus6.

On pourrait s’attendre à ce que les personnes nées à l’extérieur du Canada soient beaucoup plus favorables à l’immigration que celles nées au pays. Cela a généralement été le cas, mais l’écart entre les immigrants et les non-immigrants s’est réduit dans les années 2000, les immigrants devenant tout aussi (peu) préoccupés par les niveaux d’immigration que les non-immigrants. Les légères différences observées dans les années 2010 ne sont pas statistiquement importantes. Dans l’ensemble, le rapprochement des opinions entre les immigrants et les non-immigrants qui s’est produit dans les années 1990 et 2000 s’est maintenu, plutôt que de s’inverser.

Discussion et conclusions

Entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, la réponse à la question «qui a changé d’avis?» était essentiellement «tout le monde». Au cours de cette période, le soutien à l’immigration a augmenté de manière similaire dans presque tous les grands groupes démographiques. Les seules exceptions se trouvaient dans les différences liées au niveau d’éducation et dans le fait d’être nés au Canada ou non, mais même dans ces cas-ci, les écarts entre les groupes se sont réduits plutôt qu’élargis. Dans l’ensemble, on a assisté à un changement progressif vers des attitudes plus positives et plus similaires à l’égard de l’immigration. De manière générale, le changement en faveur de l’immigration à la fin des années 1990 et au début des années 2000 a donc été largement répandu.

Le changement observé en 2023 et 2024, qui se caractérise par une préoccupation beaucoup plus grande à l’égard de l’immigration, est tout à fait différent. Le revirement le plus frappant s’observe dans le fossé générationnel. Les Canadiens plus âgés ont longtemps été moins favorables aux immigrants. Cependant, dans les derniers sondages, les répondants plus jeunes ont exprimé un niveau d’opposition plus élevé. Ce changement peut refléter les préoccupations liées à la crise du logement, qui touche de manière disproportionnée les jeunes Canadiens. Les loyers élevés et les perspectives limitées d’accession à la propriété, combinés à la couverture médiatique et aux déclarations des politiciens, peuvent amener les répondants plus jeunes à trouver dans l’immigration une cause de leurs inquiétudes économiques.

Le fait que la crise du logement a eu un impact moins marqué dans de nombreuses régions du Québec (Polèse, 2023) peut expliquer que la province n’a pas suivi cette récente montée des préoccupations anti-immigration qu’on observe au Canada anglais. Les différences dans la couverture médiatique ou la répartition géographique des nouveaux immigrants peuvent également jouer un rôle dans cette différence.

Le changement observé entre hommes et femmes (les hommes exprimant désormais plus de réserves que les femmes) s’inscrit dans la continuité de données récentes montrant un élargissement des écarts de genre sur plusieurs enjeux sociaux. Impossible toutefois de savoir s’il s’agit d’un déplacement durable ou d’une réaction conjoncturelle et de déterminer qui des hommes ou des femmes sont à la source de cette inversion (Sides, 2024).

De façon générale, les hommes (en particulier les jeunes hommes) semblent plus sensibles aux débats culturels opposant gauche et droite et plus enclins à associer immigration et logement. Cela dit, les jeunes femmes se montrent elles aussi plus critiques qu’auparavant. Il s’agit donc d’une différence de degré, non de direction.

Il est difficile de déterminer si les changements générationnels et liés au sexe dans l’opinion publique sont temporaires ou reflètent une nouvelle tendance. Les coûts élevés du logement continueront probablement d’être un enjeu important dans un avenir prévisible, mais leur lien avec l’immigration pourrait se maintenir ou s’estomper.

Par ailleurs, les clivages idéologiques et la polarisation semblent s’accentuer. Contrairement à plusieurs partis de droite ailleurs dans le monde, le Parti conservateur du Canada a généralement évité d’adopter des positions ouvertement hostiles à l’immigration. Depuis vingt ans, la base des électeurs conservateurs compte cependant de plus en plus d’opposants à l’augmentation des admissions (Besco, 2021; Banting et Soroka, 2020). Le chef du parti, Pierre Poilievre, a critiqué la politique d’immigration du gouvernement libéral et l’a liée à la hausse des prix du logement, mais il reste à voir si cette approche se limitera à ce domaine ou s’étendra à d’autres.

Enfin, le Canada n’évolue pas en vase clos. Les développements politiques aux États-Unis influencent souvent le débat public canadien. L’exposition au discours américain sur l’immigration peut renforcer les inquiétudes au Canada, mais elle peut aussi susciter une réaction inverse, incitant les Canadiens à se démarquer en adoptant une attitude plus accueillante.

En définitive, la manière dont les responsables politiques, les médias et les citoyens géreront ces influences concurrentes déterminera l’évolution des attitudes canadiennes envers l’immigration dans les années à venir.


Notes

1 Les données ont été généreusement fournies par Environics par le biais d’un don aux archives canadiennes de recherches sur l’opinion publique pour les sondages antérieurs à 2014. Les données des sondages plus récents ont été fournies directement par l’Institut Environics. Nous remercions Andrew Parkin pour son aide dans la compilation des ensembles de données.

2 Le mode de collecte est passé d’entrevues en personne à des entrevues téléphoniques après 1998. Ce changement coïncidait avec une baisse de l’opposition à l’immigration. Cependant, comme on observe une tendance similaire dans l’Étude électorale canadienne, qui n’a pas changé de mode à ce moment-là, il est probable qu’il ne s’agisse pas principalement d’un effet de mode de sondage (Besco, 2021).

3 D’autres façons d’examiner l’âge montrent essentiellement le même résultat. Si l’âge est traité comme une variable continue plutôt que comme quatre catégories distinctes, dans les modèles de régression (non présentés), le coefficient d’âge devient négatif (et statistiquement significatif) en 2024, seul cas de ce type dans toute la série. En d’autres termes, en 2024, pour la première fois, plus une personne est jeune, plus elle a tendance à penser qu’il y a trop d’immigration.

4 Il convient de noter que la Saskatchewan affichait le taux d’opposition moyen le plus élevé en 2024, mais ce chiffre était basé sur un petit nombre de répondants (seulement 75 en 2024), de sorte que cette estimation comporte un degré élevé d’incertitude.

5 Cette analyse donne des résultats similaires à ceux des chiffres provinciaux, car la plupart des francophones vivent au Québec, tandis que les autres provinces sont principalement anglophones. Malheureusement, le nombre d’anglophones du Québec et de francophones hors Québec ayant répondu à ces sondages n’est pas suffisant pour estimer les effets pour l’année critique 2024.

6 Comme il est plus difficile de comparer les revenus dans le temps en raison de l’évolution des catégories, nous estimons le modèle de régression de méthode des moindres carrés ordinaires avec les catégories de revenus comme variable continue et indiquons les valeurs prévues pour les catégories supérieure et inférieure. Cela est utile pour illustrer de manière générale la relation, mais ne doit pas être interprété comme faisant référence à des valeurs spécifiques, telles que le seuil de faible revenu ou les percentiles de revenu.


Références

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