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Moins de ressentiment dans la fédération ? Résultats de l’indice de ressentiment provincial 2025

La quatrième édition de l’indice de ressentiment provincial montre qu’en moyenne, les Canadiens se sentent légèrement moins lésés quant à la place de leur province dans la fédération qu’à tout moment depuis l’introduction de l’indice en 2022. Cependant, le recul global reste modeste, et d’importants foyers de mécontentement subsistent, notamment dans les Prairies, en particulier au sujet de la contribution du Québec au pays.

 

Beaucoup de choses ont changé depuis la première version de l’indice de ressentiment provincial en 2022. Le président américain Donald Trump, avec ses menaces d’annexion et son imposition de droits de douane, semble avoir créé un nouveau sentiment d’urgence qui pousse les provinces et le gouvernement fédéral à collaborer plus étroitement. Mais surtout, c’est la première fois que l’indice est calculé sans Justin Trudeau comme premier ministre. Le gouvernement fédéral de Mark Carney, bien que toujours libéral, a été marqué par un important changement tant en termes de ton que de politiques.

 

Pendant ce temps au Québec, la population est très insatisfaite du premier ministre François Legault et le Parti québécois (PQ) formerait probablement le prochain gouvernement si des élections avaient lieu aujourd’hui. En Alberta, la première ministre Danielle Smith a mis sur pied un nouveau panel (le Alberta Next Panel) et un nouveau référendum, cette fois sur la séparation, pourrait être en préparation. Ces développements semblent indiquer plus de ressentiment à travers le pays, ou à tout le moins parmi les résidents de ces deux provinces quant à leur place dans la fédération.

La température baisse (mais à peine)

La figure 1 montre que, sur les quatre années de l’indice, la moyenne canadienne a baissé en 2025 après une légère hausse entre 2022 et 2024. Cependant, cette variation reste faible. Sur l’échelle complète de l’indice, qui va de -6 (le moins de ressentiment) à +6 (le plus de ressentiment), la baisse est à peine perceptible.

Cela dit, compte tenu du contexte décrit plus haut, cette légère baisse (ou le simple fait que le ressentiment n’ait pas continué d’augmenter) mérite d’être soulignée. L’indice a montré une stabilité remarquable sur quatre ans, ce qui suggère que le ressentiment provincial ne réagit pas particulièrement aux événements politiques à court terme, même à un changement de premier ministre fédéral. Le fait que le ressentiment soit tenace et ne fluctue pas fortement d’une année à l’autre souligne un point clé : que les citoyens aient un certain niveau de mécontentement à l’égard de la place de leur province au sein du Canada est une caractéristique structurelle de notre fédération.

Ce qui importe, ce n’est donc pas tant l’existence du ressentiment, mais l’endroit où il se concentre et la manière dont il se manifeste.

Quatre années de ressentiment provincial : en baisse presque partout

Les seules provinces où les scores de l’indice ne sont pas en baisse par rapport à l’an dernier sont la Colombie-Britannique (stable) et Terre-Neuve-et-Labrador (en hausse). La Saskatchewan et l’Alberta, dont les premiers ministres ont peut-être été les plus virulents dans l’expression de leur mécontentement quant au traitement réservé à leurs provinces au sein de la fédération, affichent toutes deux une baisse. Dans les deux cas, elles présentent leur moyenne la plus basse depuis la première édition de 2022 (mais de justesse pour l’Alberta). Avec la diminution du ressentiment en Alberta et en Saskatchewan et l’augmentation à Terre-Neuve-et-Labrador, la province la plus à l’est du Canada est désormais la plus mécontente du pays.

Des profils de ressentiment très différents selon les provinces

Les moyennes provinciales peuvent masquer des variations internes : il existe de nombreuses configurations de ressentiment au sein d’une province qui peuvent aboutir à un score moyen similaire. Pour mieux illustrer comment le ressentiment se manifeste, la figure 3 montre la distribution des scores de ressentiment dans chaque province en 2025.

Comme mentionné plus haut, Terre-Neuve-et-Labrador arrive en tête en tant que province la plus mécontente, ses habitants ayant fortement le sentiment qu’on leur manque de respect, qu’ils sont exclus des décisions nationales et qu’ils sont victimes d’incompréhension culturelle. L’Alberta et la Saskatchewan partagent certains de ces griefs, mais leur répartition dans la population est très différente. En Alberta, la distribution est clairement bimodale : un large segment de la population atteint presque le maximum de ressentiment, mais il existe aussi un groupe significatif à l’autre extrémité de l’échelle (avec un creux entre les deux). En d’autres termes, le portrait du ressentiment en Alberta est celui d’opinions fortement divisées au sein de la population plutôt que d’un niveau de mécontentement globalement élevé. Le même schéma est visible en Saskatchewan, quoique moins marqué.

Des tendances politiques contrastées

Bien que les tendances politiques en Alberta et au Québec suggèrent une augmentation du ressentiment quant à leur place dans la fédération, notre indice montre que ce n’est pas le cas : les scores sont en baisse dans les deux provinces. De plus, bien que le Québec soit la quatrième province avec la plus haute moyenne sur l’indice, il fait partie d’un groupe aux moyennes similaires comprenant la ­Colombie-Britannique, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick, des provinces qui ne sont pas particulièrement connues pour leur désir de se séparer du reste du pays.

Fait important, la dynamique parmi les électeurs des deux partis politiques provinciaux qui tablent sur ces sentiments de préjudices est très différente. Les électeurs du United Conservative Party (UCP) en Alberta alimentent clairement la bosse de droite dans la distribution bimodale. Et quand on compare les électeurs du UCP et du PQ, on constate à quel point la force du ressentiment diffère.

Les différents schémas de ressentiment décrits ci-dessus se reflètent dans les dynamiques au sein de la fédération. Les premiers ministres provinciaux se présentent souvent comme la voix de leur province, mais il est clair que, dans certaines provinces, notamment l’Alberta, aucune voix ne peut à elle seule représenter de manière adéquate la diversité des opinions sur la place de la province au sein de la fédération. En Ontario, tout premier ministre qui adopte une posture opposée à celle d’Ottawa risque de se mettre à dos l’opinion publique (une dynamique que Doug Ford a bien comprise). Au Québec, à l’inverse, un certain degré de ressentiment envers Ottawa constitue la norme : même si tout le monde ne se situe pas du côté positif de l’échelle, le plus grand groupe s’y trouve et le reste de la population n’en est pas très éloigné, ce qui donne au premier ministre un espace politique pour adopter une posture combative. En Alberta, en revanche, la personne à la tête de la province est en fait contrainte de se ranger du côté d’une moitié de la province tout en ignorant l’autre.

Un ressentiment qui persiste : comment les Canadiens perçoivent la contribution du Québec

Le ressentiment général est en baisse, mais un élément de l’indice n’a pas beaucoup changé : la perception qu’a le reste du Canada de la contribution du Québec. Les Québécois sont les seuls à penser que leur province contribue au moins à sa juste part au pays.

La figure 5 illustre ce phénomène et indique la réponse moyenne dans chaque province à la question sur la contribution d’une région donnée au pays. Plus un point est à gauche, plus il est proche de « moins que sa juste part » ; plus il est à droite, plus il se rapproche de « plus que sa juste part ». La ligne pointillée indique le point central (environ sa juste part). Les points en rouge indiquent comment une province évalue la contribution de sa propre région.

Comme en 2022, ces questions sont perçues comme un jeu à somme nulle dans certaines parties du pays. Comme le montre la figure 5, les Saskatchewanais et les Albertains sont les seuls à évaluer la contribution de toutes les autres régions comme inférieure à leur juste part. Il semble qu’à leurs yeux, si leur province ­contribue plus que sa juste part, c’est nécessairement parce que les autres régions n’en font pas assez. Les Québécois, en revanche, ont une opinion positive de la contribution des provinces de l’Ouest et de l’Ontario ainsi que de la leur, et seulement légèrement négative de celle des provinces de l’Atlantique.

Des perceptions enracinées

Malgré le changement de direction au niveau fédéral et plusieurs réformes très médiatisées saluées par les premiers ministres provinciaux, le « baromètre du ressentiment » dans la fédération n’a guère baissé, même s’il n’a au moins pas monté. Les données suggèrent que le mécontentement régional n’est pas facilement résolu par un simple changement de garde ou de nouvelles politiques. Ce constat, ainsi que la relative stabilité de l’indice mettent en lumière le fait que les griefs des Canadiens quant à la place de leur province dans la fédération ne sont pas simplement des réponses rationnelles à des conditions matérielles réelles, mais reflètent des perceptions profondément ancrées touchant au statut et à la reconnaissance dans la fédération. Le ressentiment est enraciné dans la façon dont de nombreux Canadiens perçoivent la place de leur province dans le pays. Fait important, et peut-être déterminant pour l’avenir de la fédération, la perception largement répandue selon laquelle le Québec ne contribue pas équitablement n’a pas changé et ne devrait pas changer avec l’arrivée potentielle au pouvoir du PQ dans la province.

En bref, la fédération sera peut-être un peu moins animée par le ressentiment en 2025, mais les perceptions sont difficiles à changer et personne ne devrait confondre cela avec une nouvelle harmonie.

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