Les Canadiens constatent des améliorations dans leurs systèmes de santé, mais restent divisés quant au gouvernement qui devrait mener la réforme
L’accès aux soins et l’opinion publique sur le rendement du système de santé continuent d’occuper une place centrale dans la politique canadienne. Bien qu’elle soit actuellement éclipsée par les questions économiques liées au commerce entre le Canada et les États-Unis et au coût de la vie, la santé est un enjeu récurrent tant dans les élections provinciales que dans la dynamique des relations fédérales-provinciales. Comment l’opinion publique sur les soins de santé a-t-elle évolué au cours de la dernière année ?
Ce bulletin montre que la satisfaction des Canadiens à l’égard de leur système de santé s’est améliorée, principalement en raison d’une perception plus positive de l’accès aux soins. Comme toujours, les opinions sur les soins de santé sont liées aux perceptions du fédéralisme canadien : les Canadiens sont divisés lorsqu’on leur demande quel ordre de gouvernement devrait prendre l’initiative de la réforme des soins de santé.
Le système de santé fonctionne-t-il bien ?
D’après une même question de sondage posée depuis près de quatre décennies, la satisfaction globale à l’égard du système de santé au Canada a atteint son niveau le plus bas en 2024. Cette détérioration s’expliquait par une baisse de la confiance dans la possibilité d’obtenir des soins dans un délai raisonnable. Cependant, le dernier sondage de la Confédération de demain, réalisé au printemps 2025, montre une amélioration de l’évaluation du système par les Canadiens.
La proportion de Canadiens qui estiment que le système de santé de leur province ou territoire va si mal qu’il devrait être repensé dans son intégralité a diminué de sept points de pourcentage, passant de 30 % à 23 % (voir la figure 1). Parallèlement, on observe une légère augmentation de la proportion de Canadiens qui estiment que le système fonctionne bien dans l’ensemble (de 14 % à 17 %) ou qu’il comporte certains aspects positifs, même s’il nécessite des changements fondamentaux (de 51 % à 54 %).

Cette amélioration depuis 2024 peut être observée dans toutes les provinces (mais pas dans les territoires), comme le montre la figure 2. Elle est particulièrement notable dans les provinces de l’Atlantique, où le sentiment que le système doit être entièrement reconstruit était auparavant bien supérieur à la moyenne. Entre 2024 et 2025, la proportion des personnes partageant cet avis dans la région a chuté de 17 points de pourcentage, passant de 45 % à 28 %.

Accès aux soins
Le principal facteur prédictif de la satisfaction à l’égard des soins de santé au Canada est la perception de l’accès aux soins1. Il n’est donc pas surprenant que l’enquête de 2025 montre également une augmentation de la proportion de Canadiens qui ont confiance qu’ils obtiendraient un traitement médical dans un délai raisonnable si eux‑mêmes ou un membre de leur famille tombaient malades. Cette proportion est passée de 51 % en 2024 à 58 % en 2025. La proportion de personnes qui ne sont pas sûres de pouvoir obtenir des soins en temps opportun a diminué de 47 % à 39 % dans l’ensemble, toutes les provinces montrant une baisse (mais, encore une fois, pas les territoires). Les provinces de l’Atlantique et le Manitoba ont connu les plus fortes diminutions de la proportion de répondants peu certains d’obtenir un accès rapide aux soins depuis 2024 (une baisse de 13 points de pourcentage dans les deux cas) (figure 3).

Confiance dans les gouvernements
Cette amélioration globale de l’évaluation du système de santé se reflète également dans la baisse de la proportion de Canadiens qui ne font confiance ni à leur gouvernement provincial ni au gouvernement fédéral pour gérer le système de santé (figure 4). Cette proportion a diminué de huit points de pourcentage depuis 2024 (passant de 28 % à 20 %). Une fois de plus, cette baisse est observée dans toutes les provinces. Elle est supérieure à 10 points de pourcentage dans chacune des quatre provinces de l’Atlantique, ainsi qu’en Saskatchewan et en Alberta.
Il est difficile de déterminer si ces changements reflètent une réelle amélioration de l’accès aux traitements ou simplement une meilleure perception de celui-ci. Un rapide coup d’œil au Tableau de bord2 du gouvernement du Québec sur la performance du système de santé montre une amélioration de l’accès rapide aux soins primaires entre janvier 2024 et le printemps 2025. Malheureusement, l’Institut canadien d’information sur la santé ne fournit pas de données récentes permettant de vérifier si l’accès aux soins s’est amélioré dans le reste du pays, mais des rapports récents ne suggèrent pas de réelles améliorations3.

Par ailleurs, la proportion de Canadiens qui ne font confiance à aucun ordre de gouvernement pour s’attaquer à d’autres enjeux importants — les changements climatiques, l’économie et l’immigration — a également diminué depuis 20244. Cela suggère une amélioration générale de l’humeur politique et de la confiance envers les gouvernements. En effet, l’enquête de 2024 a été menée alors que le gouvernement Trudeau était particulièrement impopulaire, tandis que celle de 2025 a été réalisée juste après l’élection du nouveau gouvernement Carney, qui était encore dans sa période de « lune de miel ».
De plus, les événements qui ont suivi le retour du président américain Donald Trump à la Maison-Blanche, notamment l’imposition de droits de douane et les menaces à la souveraineté du Canada, ont peut-être amené certains Canadiens à avoir une opinion plus positive de leur gouvernement et des services qu’il fournit. Le sondage sur la Confédération de demain révèle une légère augmentation de la satisfaction à l’égard de l’orientation du pays depuis 2024 (de 36 % à 41 %), ainsi qu’une augmentation de la proportion de personnes qui estiment que les gouvernements fédéral et provinciaux travaillent bien ensemble.
Quoi qu’il en soit, la perception qu’ont les Canadiens de leur système de santé s’est améliorée entre 2024 et 2025, un constat qui se retrouve également dans d’autres sondages5.
Quel gouvernement devrait être en charge d’une réforme des soins de santé ?
Étant donné que les soins de santé sont inextricablement liés au fédéralisme au Canada, nous avons inclus une nouvelle question dans le sondage de 2025 pour savoir quel gouvernement devrait prendre l’initiative de réformer les soins de santé (figure 5). Dans l’ensemble, les opinions sont partagées dans le pays, puisque 42 % des répondants sont favorables à un leadership fédéral et 40 % se tournent vers leur province (17 % ne se prononcent pas).

Les Ontariens (52 %) sont de loin les plus enclins à préférer que le gouvernement fédéral prenne l’initiative afin de garantir une approche nationale, tandis que les Québécois (31 %) sont les moins enclins à favoriser le leadership fédéral. Avec les Néo-Écossais (52 %), les Québécois (48 %) sont les plus susceptibles de préférer que leur gouvernement provincial prenne l’initiative dans les réformes des soins de santé (car ce sont bel et bien les provinces qui gèrent leurs systèmes de santé).
Il est frappant de constater que les opinions sur cette question n’ont pratiquement pas changé depuis la dernière fois qu’elle a été posée, il y a près de 25 ans. En 2001, 48 % des Canadiens hors Québec préféraient que le gouvernement fédéral prenne l’initiative de la réforme des soins de santé afin de garantir une approche nationale ; aujourd’hui, ce chiffre s’élève à 46 %. Le leadership fédéral n’était favorisé que par 32 % des répondants québécois en 2001, un chiffre identique aux 31 % actuels dans la province qui privilégient cette option6.
Qui souhaite que son gouvernement provincial prenne les devants ?
Pour approfondir les résultats de 2025, nous avons déterminé les facteurs les plus fortement associés à la préférence pour un leadership provincial. Les résultats sont présentés dans la figure 6.

Les répondants qui ne sont pas satisfaits des soins de santé, ceux qui s’identifient davantage à leur province qu’au Canada et ceux qui sont mécontents de la place de leur province dans la fédération7 sont plus susceptibles de vouloir que les provinces prennent l’initiative. En revanche, les électeurs du Parti libéral du Canada sont plus susceptibles de vouloir que le gouvernement fédéral prenne l’initiative. En tenant compte de toutes ces autres variables, les résidents de l’Ontario, de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Saskatchewan sont moins susceptibles que les Québécois de soutenir le rôle de chef de file de leur province dans la réforme des soins de santé.
La figure 6 montre également que les répondants qui se situent à droite sur l’échiquier politique préfèrent que les provinces prennent les devants, mais notre analyse révèle que cette division gauche-droite n’est pertinente qu’à l’extérieur du Québec. Au Québec, il existe un consensus plus large entre la gauche et la droite en faveur d’un rôle prépondérant des provinces. Si les électeurs de droite hors Québec sont plus enclins que leurs homologues de gauche à soutenir un rôle prépondérant des provinces, l’idéologie n’est pas un facteur significatif au Québec. En fait, les Québécois de droite sont légèrement moins enclins que ceux de gauche à préférer un rôle prépondérant des provinces.
Cette tendance se retrouve dans la question de savoir quel gouvernement est le plus digne de confiance pour gérer le système de santé. À l’extérieur du Québec, les électeurs de gauche (50 %) sont deux fois plus nombreux que ceux de droite (22 %) à faire davantage confiance au gouvernement fédéral. Au Québec, il n’y a pas de différence significative (25 % des Québécois de gauche et 27 % de droite font davantage confiance au gouvernement fédéral dans ce domaine).
Ces résultats envoient un message d’avertissement au Nouveau parti démocratique, qui a peu de chances de rallier le soutien de l’électorat progressiste du Québec s’il continue de faire de l’expansion fédérale dans le domaine des soins de santé l’un de ses principaux thèmes de campagne.
En bref, le sondage sur la Confédération de demain 2025 révèle une amélioration significative de la perception qu’a le public de l’état des soins de santé dans tout le pays, ce qui se traduit par une augmentation de la confiance dans la capacité des gouvernements à gérer le système et dans l’accès rapide aux soins. Cependant, le pays reste divisé quant à l’ordre de gouvernement qui devrait prendre l’initiative de mettre en œuvre les réformes nécessaires pour améliorer le système de santé.
Notes
1 Jacques, O. et Perrot, M. (2024). Who’s to blame for the crisis of the healthcare system? Canadian Public Administration, 67(2), 249-265.
2 Gouvernement du Québec. (2025). Tableau de bord : Performance du réseau de la santé et des services sociaux.
3 Institut canadien d’information sur la santé. 2024. Un meilleur accès aux soins de première ligne pour des Canadiens en meilleure santé.
4 Environics Institute. (2025). Working together in the Canadian Federation.
5 Institut économique de Montréal. (2025). La santé au Canada 2025. Rapport de recherche.
6 Données de 2001 tirées du sondage annuel Portraits du Canada du Centre for Research and Information on Canada. Les proportions à l’extérieur et à l’intérieur du Québec qui préfèrent le leadership provincial ont toutes deux légèrement diminué, tandis que les proportions qui n’expriment aucune opinion ont augmenté ; cela résulte probablement du passage de la méthode de sondage par téléphone à la méthode en ligne.
7 Breton, C., Parkin, A. et Jacques, O. (2025). Moins de ressentiment dans la fédération ? Résultats de l’indice de ressentiment provincial 2025. Centre d’excellence sur la fédération canadienne. Bulletin n° 7.

